Culte de Kalester

Je vis sur le visage des autres pèlerins les mêmes larmes qui coulaient le long de mes joues. La lumière radiante du dôme du solarium avait un effet dévastateur sur les yeux et mêlées à l’émotion qui nous emplissait, nous poussait à nous abandonner aux pleurs. La froideur du marbre contre mes genoux contrastait étrangement avec la chaleur du lieu et la douce harmonie des voix des éprouvés aurait fait sangloter une pierre. Les vapeurs d’encens, de mire et d’ambres finissaient de saturer mes sens et il me fallait me réfugier aux confins de mon être pour ne pas sombrer dans une transe délicieuse. Dans ce lieu qui m’appartenait exclusivement, sanctuaire de mon intimité je sentis une présence apaisante. Le calme m’emplit, je devins imperméable aux stimulations de la cérémonie, un silence protecteur m’enveloppa. Je vis alors un palais immense aux tours blanches s’élevant vers le ciel. Les portes ouvertes m’invitèrent en son sein et une force extérieure à mon être me poussa à gravir les marches et en franchir le seuil. Là, dans cette vaste salle je le vis. Nul trône pour marquer son statut, car un dieu n’a besoin d’aucun artifice, chacun sait qu’il est roi en son domaine. Soleil de gloire, Kalester régnait sur son monde, en Abrasia et en mon âme. La boule de feu se mit à croitre et je chus à plat ventre, traversée par la grâce de mon souverain. Ma vision se brouilla alors et je me sentis chassée de ce monde. Tandis que je reprenais mes sens sur les dalles de marbre froid, je découvrais que la vieille femme tenait mon visage entre ses mains. Plongeant son regard dans le mien, j’y vis la même lumière qui m’emplirait dorénavant. La radiante s’adressa alors à la foule.
Réjouissez-vous, nous avons une nouvelle auréolée.
— Autobiographie de Iphigénie Paranalias, auréolée
Type
Religious, Organised Religion
Organismes Subsidiaires
Deities
Territoires Contrôlés

Histoire du culte

Le culte de Kalester tire son origine de celui du soleil. D’antiques ruines de temples attribuées aux énis et datant de l’ère des légendes attestent de cette première forme de religion. Les glyphes qui ornent les murs de ces édifices racontent l’histoire d’un néruviens qui par le sacrifice de sa vision appela le dragon de l’éveillé en ce monde. Les textes religieux font encore référence à cet évènement comme l’invitation du premier radiant.

Sous l’effet du temps, les énis laissèrent place aux différentes races qui composent maintenant les néruviens. Ces derniers, dont l’évolution fut marquée par les dieux, leurs accordèrent une dévotion sans faille. Ainsi, le royaume de Kalmor qui apparut au début de l’ère de la forge était dirigé par une dynastie se revendiquant descendante du premier radiant. Le souverain de droit divin avait la responsabilité d’administrer son peuple, mais aussi de répandre le culte de Kalester. L’alliance de la politique et de la religion constitua un excellent moteur pour l’expansion de la monarchie qui disposait donc de justifications pieuses contre ses voisins. Il fut bâti dans la capitale Ariont (l’actuelle Erionth) le Solarium, merveille d’architecture et plus grand temple de Kalester. En cet endroit, le roi présidait d’incroyables cérémonies attirant pèlerins et fidèles du monde entier.

À la fin du premier millénaire de l’ère de la forge eut lieu la première réforme majeure de la confession. Nistrid Anastrad, une générale de l’empire des Kalmors lança une grande croisade contre le Haumont, celui de la forêt et les cités naines contre l’avis de son souverain. Accompagnée de disciples que l’on nommera plus tard les anges, elle parvint à soumettre ses adversaires, propageant le culte du dieu en tout Abrasia. Cet exploit lui permit d’acquérir une dimension mystique qui traversera le temps, mais aussi d’imposer Kalester comme un être suprême révéré par toutes les civilisations néruviennes.

L’héritage de Nistrid "la dragonne" est capital pour la vénération de l’éveillé. D’une part, les écrits laissés par la dévote font encore partie du cortège liturgique, d’autre part, elle incarne toujours une figure idéale de ferveur. De plus, son patrimoine politique fut colossal et redéfinit complètement l’organisation du culte. Ses fidèles anges fondèrent des temples dans tout Abrasia qui deviendront les centres névralgiques de la religion. Enfin, si le Solarium gardait son statut de siège, le rôle de radiant se détacha de la couronne. Ainsi, peu importe le pouvoir qui régnât à Erionth, la confession conserva son coeur en ce lieu et ce jusqu’au Déclin.

L’An 271 de l’ère du déclin vit le meurtre du dragon de Kalester par les théocides. Prenant la forme d’un géant glabre à la peau bleutée, il repose transpercé par une lance, contre les murs du solarium maintenant en ruine. Depuis cette date, aucun radiant ne siège plus en cet emplacement et ses prérogatives sont de nos jours entre les mains de chefs locaux, les auréolés.

Organisation hiérarchique et territoriale

Historiquement, le culte de Kalester était centralisé au Solarium d'Erionth. Depuis l'incroyable édifice, le radiant régissait la religion, tranchait des disputes théologiques, dirigeait des cérémonies et s'immisçait dans le jeu politique. Les auréolés siégeaient dans les grands temples autrefois fondés par les anges et avaient autorité sur tous les éprouvés d'une région administrative appelée rayon. Ces derniers étaient formés à la capitale et prenaient ensuite un poste dans une endurance, église locale rattachée au grand-temple d'un rayon.

En parallèle de ce système, une congrégation de paladins fut progressivement instaurée, à l'instar ce qui existait pour divers cultes. Divisés en boucliers, ces soldats répondaient directement aux ordres du radiant qui pouvait les mettre à disposition d'un auréolé si besoin s'en faisait sentir.

Depuis l’an 271 de l’ère du déclin et le commencement de la longue nuit, nul radiant ne siège dans les ruines du Solarium. Les auréolés sont donc devenus de facto les plus grandes autorités du culte. S'ils interagissent encore entre eux, tentent de concilier leurs intérêts par des conseils et des réunions, leur unité de façade cache des discordes profondes. Certains d'entre eux se revendiquent comme radiant légitime, d'autres essaient d'accroitre leurs richesses et pouvoirs aux dépens de leurs rivaux. Alliances avec d'autres cultes, prise de partie dans des guerres, tous les moyens sont bons pour amoindrir leurs concurrents. Cependant, il en est qui demeurent fidèles à la mission primaire de leur ordre. Ils observent les signes, prient avec piété et recherchent en Abrasia l'élu de Kalester destiné à les diriger tous.

Les boucliers de paladins font face aux mêmes affres que leurs dévotes contreparties. Décapités de leur chef suprême, les commandants organisent leurs hommes comme ils le peuvent. Recrutant parmi ceux qui leur paraissent aptes et tentant d'endiguer la déliquescence de leur ordre. La plupart d'entre eux se sont établis de manière permanente dans des enclumes, leurs forts d'ou ils protègent un rayon. Espérant échapper aux intrigues des auréolés ils se retrouvent cependant entrainés dans des jeux politiques qui les dépassent. Certains choisissent de quitter leurs boucliers dégoutés de l'institution. Ils parcourent alors le monde s'efforçant de venir en aide aux néruviens comme leur serment les y adjoint.

Rites et cérémonies

De nombreuses fêtes ponctuent le calendrier Kalesterien. On célèbre les solstices en organisant de larges défilés dans les rues. Les lieux de cultes s’ouvrent à tous et d’énormes offrandes sont empilées sur les autels. Chacun est libre de se servir en fonction de ses besoins et il est coutume pour les plus aisés de faire aumône. Traditionnellement, les forgerons y réparent les différents accessoires des éprouvés en échange de leur bénédiction.

On fête également le jour de Forgeside en grande pompe, seul héro ayant le droit, pour une journée, d’effacer la divinité. Depuis plus récemment endurances et grands temples ferment leurs portes la date de la mort du dragon de leur maitre. Quiconque apposerait son oreille aux issues des bâtiments sacrés y entendrait pleurs et lamentations sincères.

Les adeptes de Kalester pratiquent un rite funéraire particulier. Il est coutume de laisser le corps du défunt au soleil pour une journée complète durant laquelle la famille s’en occupera. Ses yeux sont maintenus ouverts afin qu’il puisse observer son dieu dans l’autre monde et ses mains sont jointes (parfois difficilement) en signe de supplication. Le cadavre est ensuite enterré avec un parchemin, une tablette ou une gravure listant les épreuves dépassées de son vivant. En fonction de la richesse de l’individu, ces évènements peuvent être décrits, mis en poésie, représentés par des teintures, des sculptures et des tableaux.

Loin d’être des endroits austères, les lieux de cultes de Kalester sont clairs et ornementés. Si les endurances sont généralement modestes, les grands temples ont évolué avec l’architecture leurs temps. Munie de coupoles en verres, de vitraux aux couleurs chaleureuses, la lumière doit pouvoir y pénétrer en toute heure de la journée. Ces ouvrages sont bâtis de manière allongée d’est en ouest et la cérémonie a lieu d’un côté ou d’un autre en fonction de l’heure. Au bord des routes et dans les villages, on peut retrouver des persévérances dotées d’un simple autel. Ces petites chapelles tantôt logées dans des alcôves ou à la croisée de chemin accueillent statues et offrandes dédiées au primordial. Parfois, des éprouvés errants viennent y distribuer des sermons ou bénir des passants. Il s’agit de sanctuaires modestes, mais puissants desquels démons et créatures horribles n’osent s’approcher.

Suivant le parcours du soleil dans le ciel, les éprouvés organisent dans les endurances trois cérémonies par jour. La première, la levée, a lieu à l’aube, la deuxième à l’apogée de l’astre et la troisième à la tombée de la nuit. Chaque célébration commence par un appel à l’éveillé dépendant de l’heure. Le matin, pour faire face à la journée qui s’annonce, le midi pour le remercier de sa présence, le soir pour lui demander son aide en son absence. On brule ensuite des herbes parfumées ou des résines plus chères, en fonction de la richesse de la communauté confessionnelle tout en s’abandonnant à la prière. On alterne alors les exposés de textes sacrés, les chants et les témoignages de personnes ayant dépassées des moments difficiles. Enfin, le religieux invite ses fidèles à surmonter les épreuves qui les accablent.

Depuis peu, certains auréolés n’hésitent plus à faire lire durant les offices les paroles de saints controversés, de prédicateurs favorisant leurs intérêts. Des textes apocryphes sont ressortis des tiroirs et des bibliothèques les plus sombres, d’anciennes prophéties refont surface. Certains adeptes écoeurés en viennent même à dire que si Kalester n’était pas vraiment mort, il n’aurait jamais permis ces déviances…

Présence et influence en Abrasia

Le culte de Kalester existe partout en ou il est autorisé en Abrasia. S'il s'est développé principalement à l'ouest du continent, il perd en influence au fur et à mesure qu'on s'éloigne vers l'est. La religion a toujours joué un rôle politique, et ce, à divers niveaux. Si autrefois la présence du radiant pouvait provoquer la fin d'une guerre, les dirigeants locaux ont repris à leur compte une partie de ce prestige. Dans le Rayon de Dureterre, par exemple, Pierre Couruisseau, l'auréolé siégeant à etal et Lana Largebarge sa contrepartie de contemplation se battent pour la domination du rayon.

Au-delà de l'institution, le culte a laissé pour héritage le calendrier Kalesterien aujourd'hui employé par tous. On lui doit également une forme d'unité parmi les néruviens qui surent s'unir autour de projets communs, former d'immenses royaumes et, durablement, profiter de la paix.

De nos jours, avec la longue nuit suivant la "mort" de l'éveillé, la discorde s'est emparée de ce monde. Plus rien ne lie ensemble tous les habitants du continent et de vieilles disputes et querelles refont surface. Seuls quelques fous ou intéressés attendent encore l'aube éternelle, promesse faite par les écritures du retour du dieu et avec lui de temps meilleurs. Mais, n'est-ce pas aussi ça que cherchent les mortels en Kalester ? Un espoir, peut être vain, qui justifie que comme le soleil, ils se lèvent un jour de plus.


 

 

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