Boue-Douce
Il y a des endroits dans le désert où les nuits sont trop longues et trop profondes pour être traversées à sec. Les mineurs de Dhordarak le savent depuis trois générations. Pas besoin d'en parler. On pose la tasse sur la table, on attend que ça refroidisse assez pour boire, et on dort. C'est tout. La Boue-Douce n'est pas un luxe. C'est un outil.
Type
Substance, sédatif brutal
Origine
Vase Putride séchée et mêlée d'Osnoir, produite à Dhordarak par les Yeux Pâles
Disponibilité
Peu courante. Vendue ouvertement à Dhordarak, circule dans les forts miniers du Désert de Morte-Pierre
Prix indicatif
5 po le pot (quatre à six doses selon la tolérance)
Légalité
Non réglementée. Consommée ouvertement dans les communautés minières du désert
C'est une pâte brune épaisse vendue dans de petits pots de grès bouchés à la cire. Dissoute dans de l'eau chaude ou de l'alcool, elle donne une boisson sombre et opaque. L'odeur est âcre, presque terreuse, avec quelque chose de minéral en fond. Le goût est amer, long en bouche, avec une note de fumée et de poivre qui vient de l'Osnoir mélangé dedans. Pas agréable. Pas désagréable non plus. Le genre de chose qu'on finit par boire sans y penser.
Informations Générales
Description
La Boue-Douce est le produit le plus banal des Yeux Pâles et leur meilleur volume de vente. C'est de la Vase Putride séchée à basse température jusqu'à obtenir une pâte dense, mêlée d'Osnoir pour en masquer partiellement l'odeur et en modifier légèrement les propriétés. Le résultat est grossier, peu raffiné, et exactement ce qu'il est censé être : quelque chose qui aide à dormir quand le reste échoue. Elle est préparée en pots de grès que les récolteurs emportent dans les galeries et que les voyageurs achètent pour les longues nuits du désert. Personne ne la prend pour le plaisir. On la prend parce qu'on a besoin de dormir et que le désert, ou ce qu'on a vu dans les tunnels, ne le permet pas autrement.Effets
À dose normale, la Boue-Douce provoque un sommeil lourd qui arrive dans l'heure suivant la consommation et dure six à huit heures. Ce sommeil n'est pas paisible. Il est dense, agité, plein de visions intenses que la plupart des gens décrivent comme des rêves très réels, parfois cohérents, parfois fragmentés. La frontière entre rêve et mémoire s'amollit. Des choses oubliées remontent. Des choses qui n'ont pas eu lieu semblent s'être passées. Au réveil, la tête est lourde, la bouche amère, et les rêves restent anormalement présents pendant plusieurs heures. Certains les notent. D'autres préfèrent ne pas y penser. La Boue-Douce crée une accoutumance rapide. Après quelques semaines d'usage régulier, dormir sans elle devient difficile. Après quelques mois, certains usagers cherchent à augmenter la dose pour retrouver l'intensité des premières nuits. Les Yeux Pâles ne mentionnent pas cet aspect dans leur présentation du produit. Ce n'est pas un secret non plus.Le premier pot tu dors. Le deuxième pot tu rêves. Le troisième pot tu sais plus très bien la différence.
La question que personne ne pose
La Boue-Douce et le Somnifère de Naasar utilisé par les Dormeurs de l'Église des Trois Espérances partagent le même effet de fond : un accès forcé à un état de conscience proche du Cauchemar. L'un est brut, imprévisible, produit dans les sous-sols d'un fort minier et vendu à des travailleurs épuisés. L'autre est raffiné, ritualisé, présenté comme un don des Trois et gardé jalousement par une institution religieuse. La différence entre les deux est une question de traitement, de dosage et de présentation. Pas de nature. Un marchand qui avait goûté les deux a mentionné cette ressemblance une fois à Dhordarak. Il ne l'a pas répété. Pas parce qu'on l'en a empêché. Parce qu'il a vu la tête du Régisseur et compris que c'était le genre d'observation qui ne mène nulle part de bon.Je dis pas que c'est la même chose. Je dis que ça a le même fond de goût. C'est une observation, pas une accusation.
