Quelques temps plus tard, et après avoir rencontré pour la première fois notre inquisitrice, nous avons reçu notre premier ordre de mission en bonne et due forme, pour le dire ainsi. Cet ordre faisait suite à près de deux semaines d'un voyage étrange, bruyant et malaisant, qui s'est arrêté aussi net qu'il a commencé. Puisque nous sommes tous indemnes, je suppose que c'était normal. Enfin.
C'est Winter qui nous a donné nos ordres, et pour être parfaitement honnête, je ne sais pas qui de nous ou d'elle était le plus nerveux lors de notre briefing. Nous n'avons pas été particulièrement dissidents, pourtant -enfin, à l'exception de Torexys, qui a insisté pour se faire rembourser la charge de démolition utilisée sur Locus Aquae 03B. Je n'ai pu m'empêcher de remarquer, durant cet entretien, que Khan semblait amusé à l'idée de se rendre sur un monde féodal. Peut-être est-ce là une expérience nouvelle pour lui ? Il faudra que je creuse la question.
Winter, en tous cas, nous a entretenu des modalités de notre arrivée. La présence impériale sur Fervious n'est pas encore très développée, mais la planète dispose déjà d'un spatioport, certes modeste, mais fonctionnel, près de la ville de Sacramentum. C'est là que nous arriverons, et là que nous pourrons entrer en contact avec notre liaison au sol, un dénommé Melmane. Ce contact n'est cependant à établir qu'en cas d'extrême urgence, ou une fois la mission accomplie, et pas avant.
A cette fin, chacun de nous s'est vu remettre une rosette inquisitoriale. C'est bien entendu un objet de grande valeur, et la montrer revient à s'exprimer au nom de notre Dame Inquisitrice. Pour cette mission, en tous cas, la consigne était claire : nous devions opérer le plus discrètement possible. C'est pourquoi nous nous ferons passer pour des chasseurs de primes une fois sur place. Après tout, le gouverneur planétaire lui-même n'est pas informé de l'implication de l'Inquisition.
C'était du moins ce que nos informations suggéraient, car à peine avions nous atterri au spatioport de Sacramentum -un atterrissage mouvementé par ailleurs, mais là n'est pas le sujet- que nous étions abordé par le seigneur Bellisar Machenko, gouverneur de Piété et responsable actuel de Fervious. Pour une personne qui n'était pas censée être au courant, il en savait beaucoup et s'est montré très, très déterminé à aider l'Inquisition. Seul Alsmov a commis l'erreur de lui donner son véritable nom - avant que nous ne comprenions qu'il en savait déjà trop. Une erreur honnête, en somme, que j'ai préféré ne pas mentionner dans mon rapport pour ne pas le mettre en difficulté. Au moins nous a-t-il fourni des capes pour nous fondre dans la masse... Mais cela aussi, nous y reviendrons.
La route vers Sacramentum fut longue, à défaut d'être périlleuse. Notre équipe attirait l'attention, mais pas d'une manière qui nous valait l'aide des locaux. Si Torexys n'a pas su se montrer des plus diplomates avec le gouverneur, sa brutalité nous a ouvert sans heurt les portes de la ville.
Nous n'avons pas mis longtemps à nous renseigner sur les personnes qui, dans les bas quartiers, pourraient fournir de bonnes armes aux mercenaires que nous prétendions être. On nous mit rapidement sur la piste de l'Arsenaleur, de l'Armurier, qui constituait notre meilleure chance pour trouver ces armes.
Nous devions être suivis pourtant, car nous avons été approchés bien vite par un dénommé Peine, des Griffes Noires. Convaincu par nos déguisements, il nous chargea de lui ramener une caisse d'armes, dans le sous-sol d'un bâtiment désaffecté. Il ne faisait que peu de doute que cette caisse était celle que nous recherchions. L'Empereur avait mis ce malandrin sur notre route afin que nous puissions accomplir Sa volonté.
Le bâtiment indiqué par Peine était occupé par trois individus, et nous avons fait le choix d'entrer par la porte principale. Une fois débarrassés des hostiles sur place, nous avons trouvé un jeune homme, qui s'est révélé être l'Armurier que nous recherchions.
Après de longues minutes d'interrogatoire, nous avons fait réaliser au jeune homme - qui se prénommait en fait Tarren - qu'il ferait mieux de nous dire ce que nous avions besoin de savoir. D'où venaient ces armes, comment il se les procurait, et surtout à qui il les revendait. Toutes les informations utiles obtenues, nous avons pris la caisse d'armes que nous devions ramener à Peine et, constatant l'origine hérétique de son contenu, il fut décidé de la ramener à bord plutôt que de la détruire.
Nous n'allions bien sûr pas attendre que Peine se doute de quelque chose pour repartir ; réquisitionnant le véhicule de Tarren, nous avons fait route vers le spatioport, ramenant preuves et source d'informations puisque Tarren lui-même faisait partie du voyage.
Le retour se fit sans encombres, et fut même un peu moins désagréable que l'aller - ce dont je ne me plaindrai pas.
Un mois plus tard, après notre arrivée au Bastion Serpentins, Khan et moi avons été convoqués par Winter afin d'interroger Tarren, pour obtenir de lui les dernières informations qui manquaient à l'Inquisition pour décider de la meilleure ligne de conduite pour éclairer Fervious de la Lumière Impériale. Nous nous sommes acquittés de cette mission, quoi que trop lentement, et son dénouement a semblé secouer Khan. Je peux le comprendre, la première fois n'est jamais simple.
Non, je suis plus inquiète de la réaction de Winter : elle est notre superviseur, et sa réaction semblait indiquer, sinon un doute, au moins une imperfection dans la foi absolue que l'on serait en droit d'attendre d'elle. Je me suis vue obligée de la reprendre afin d'éviter que son trouble ne nourrisse celui de Khan. Ma supérieure !
En tous cas, cette conclusion m'a donné beaucoup à réfléchir, notamment sur les meilleures façons d'amener les agneaux égarés de l'Imperium face à l'Empereur, sans la moindre mesure inutile.
Dans mon esprit, une seule question demeure : s'appelait-il réellement Tarren ?
Car telle est Sa Volonté,