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La Vouivre du Marais de Clairval

Voici l'histoire, telle que narrée à veillée par Vieille Mère, doyenne du village de Clairval, à l'automne de l'an de grâce 310, et rapportée par votre serviteur avec meilleure fidélité que sa mémoire lui permet concernant les faits et dires, et quelques licences de style pour rendre à l'aimable lecteur, en toute modestie, l'aventure plus plaisante, l'ancêtre étant de basse extraction et donc de langue vulgaire.

C'était il y a longtemps, fort longtemps. Clairval n'était alors qu'un tout jeune et modeste hameau.
Ysan était un de ses enfants. Un de ces enfants vifs et intelligents, curieux et téméraires.
Toujours par monts et par vaux, à explorer les alentours.
C'était grand soucis pour sa mère, qui craignait chaque jour pour son enfant, lorsque soir tombait sans son retour.
Mais rien n'y faisait, de remontrances en punitions, Ysan toujours courait l'aventure.
Elle finit par se faire raison, d'autant que les découvertes d'Ysan étaient fort utiles pour le village : tantôt c'était vallon giboyeux, tantôt belle futaie aux arbres forts et droits, qui faisaient le bonheur des bucherons.
Ainsi put-il poursuivre à loisir ses pérégrinations.

Un jour, il revint fort excité, narrant à sa mère extraordinaire rencontre : il avait aperçu dans un marais fantastique créature, de longues queue et ailes, porteuse d'une gemme flamboyante. La créature avait pris bain, en déposant et cachant son trésor par avant sur lit de roseaux !
Terrifiée, la mère d'Ysan lui fit défense de retourner au lieu de la rencontre, mais ce fut peine perdue. Ysan y retourna, et retourna encore. Chaque fois tant excité qu'il ne pouvait s'empêcher de tout raconter à mère.
La créature avait ses habitudes, aussi put-il l'observer à détail. Elle se baignait toujours à même heure et même endroit, déposant son trésor en même cachette. La gemme était en fait son unique œil, elle était donc aveugle et démunie au bain.

De jour en jour, de rencontre en rencontre avec la créature, de récit en récit, chaque fois plus précis et rassurant car jamais la créature ne repérait Ysan, cupide pensée vint à mère.
La famille était pauvre, la pitance rare et les journées de dure tâche.
La gemme devait valoir fortune, s'en emparer ferait richesse et meilleur sort.
Mère et fils décidèrent de tenter l'aventure. Ysan, profitant du bain de la créature, se glisserait jusqu'à la cachette et s'emparerait du joyau. Mais sa mère voulait assister à l'affaire.
Ainsi fut fait.

Un soir de claire lune, tous deux s'embusquèrent au lieu du bain.
La créature vint, comme d'habitude.
Elle était fantastique et terrifiante : quatre ou cinq toises de longueur, une longue et puissante queue de serpent, des ailes larges et fortes, et sur son front, l'extraordinaire joyau qui lui faisait œil, gros comme le poing, d'une intense et rougeoyante brillance.
Comme narré tantôt, elle déposa son œil sur un écrin de roseaux puis plongea dans l'eau, ondulant en lune miroitante.
Ysan se faufila jusqu'à la cache. Il était adroit et malin, aussi la bête ne le vit point, ni ne l'entendit.
Alas, alors qu'il s'emparait de la gemme, mère ne put retenir petit cri de jubilement.
Sitôt créature s'ébroua, et grand malheur arriva. Aveugle ou pas, en un éclair sur Ysan se jeta, et devant mère éplorée, prestement l'engoula !
Terrifiée, mère prit fuite, oyant rugissements terribles de la bête et cris d'agonie de son fils !
Elle courut au village narrer l'affaire, mais nul ne voulut tenter secours ni ne put la consoler.
Ainsi périt Ysan, téméraire enfant de Clairval, et sa mère, vite passée de chagrin, d'avoir voulu s'emparer du trésor de la Vouivre.

Extrait de Contes et Légendes de nos contrées, par Modeste Iné de Sandestin, Grand Rapporteur d'Arly


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